mardi 16 septembre 2008

Gott mit uns...

Tout va bien, Dieu est avec nous et son représentant sur terre est reçu dans les décombres de la république laïque avec les honneurs dus à son rang. Tapis rouge et flonflons pour l’ancien des jeunesses hitlériennes Ratzinger par le rejeton d’un noble hongrois ayant plus vite fuit les chars de l’armée Rouge qu’il n’avait du mettre de zèle à entrer en résistance contre l’envahisseur nazi.

Somme toute rien que de très cohérent en ces temps de prêche de nouvelles croisades au nom d’une lutte contre un terrorisme qui collerait à ces terres d’islam comme la glaise à nos sabots. Croisades au nom d’un bien cent fois revisité mais qui a de tout temps justifié en tout lieu les pires ignominies.

Quelle différence de fond entre des forces de l’OTAN bombardant des villages à titre de représailles dans des zones contrôlées par la guerilla des talibans et une colonne de la division Das Reich brûlant le village d’Oradour sur Glane au coeur de la “petite Russie” contrôlée par les terroristes de la résistance ?

"Il faudrait d'abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l'abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu'il y a eu au Viêt-nam une tête coupée et un oeil crevé et qu'en France on accepte, une fillette violée et qu'en France on accepte, un Malgache supplicié et qu'en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s'opère, une gangrène qui s'installe, un foyer d'infection qui s'étend et qu'au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et "interrogés", de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette lactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l'Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l'ensauvagement du continent.

Et alors un beau jour, la bourgeoisie est réveillée par un formidable choc en retour : les gestapos s'affairent, les prisons s'emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets.

On s'étonne, on s'indigne. On dit : "Comme c'est curieux ! Mais, Bah! C'est le nazisme, ça passera !" Et on attend, et on espère; et on se tait à soi-même la vérité, que c'est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries ; que c'est du nazisme, oui, mais qu'avant d'en être la victime, on en a été le complice ; que ce nazisme-là, on l'a supporté avant de le subir, on l'a absous, on a fermé l'oeil là-dessus, on l'a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s'était appliqué qu'à des peuples non européens ; que ce nazisme là, on l'a cultivé, on en est responsable, et qu'il est sourd, qu'il perce, qu'il goutte, avant de l'engloutir dans ses eaux rougies de toutes les fissures de la civilisation occidentale et chrétienne.

Oui, il vaudrait la peine d'étudier, clinlquement, dans le détail, les démarches d'Hitler et de l'hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXème siècle qu'il porte en lui un Hitler qui s'ignore, qu'Hitler l'habite, qu'Hitler est son démon, que s'il vitupère, c'est par manque de logique, et qu'au fond, ce qu'il ne pardonne pas à Hitler, ce n'est pas le crime en soi, le crime contre l'homme, ce n'est que l'humiliation de l'homme en soi, c'est le crime contre l'homme blanc, et d'avoir appliqué à l'Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu'ici que les Arabes d'Algérie, les coolies de l'Inde et les nègres d'Afrique.“

Discours sur le Colonialisme - Aimé Césaire - Présence Africaine (1955)

mardi 24 juin 2008

Onanisme

Monsieur Frédéric Inizan, libraire à Sarlat, a jadis quitté un PS ne devant pas lui faire la place qui convenait au surdimensionnement de son égo pour prendre la seule carte d’un parti vaguement à gauche ne possédant pas d’adhérents à Sarlat. C’est ainsi qu’il s’est retrouvé, seul rôle qu’il put accepter, leader incontestable et incontesté en Sarladais d’une force politique “nationale” et que la bonne ville de La Boétie s’est retrouvé plongée au coeur de l’enjeu écologique lors des dernières élections locales.

Face à l’outrecuidant refus des formations de la gauche sarladaise de le porter tête de liste aux dernières municipales, monsieur Inizan, à l’issue d’une mémorable réunion au cours de laquelle les autres participants auront eu l’impression de le voir gonfler à l’image d’un crapaud rendu célèbre par une fable, décida de se porter candidat et de monter une liste dont la présentation est une raison parmi d’autres de la reconduction de monsieur De Peretti à la mairie.

Elu conseiller municipal à défaut d’être maire, monsieur Inizan nous gratifie régulièrement sur son blog de sa prose de représentant du peuple dans un bloc-note dont le premier paragraphe nous apprend que sa maman est venue le soutenir pour son premier conseil municipal. Si cette information n’est pas de toute première importance politique, elle situe cependant le noeud de la problématique du personnage public qu’il est devenu. Parvenu sur un piédestal et visible de la populace, monsieur Inizan se sent bien. Il peut désormais croire qu’il a commencé à arriver quelque part et, tantôt de sa main gauche, tantôt de sa main droite, secouer ce qui lui sert d’idées et y prendre du plaisir, fusse un plaisir stérile et solitaire.

Peu importerait qu’il se mette ainsi en joie si ses trémoussements se faisaient dans la douce chaleur de l’alcôve. Malheureusement, il a choisi la place publique et asperge régulièrement des éclaboussures du fruit de ses ébats les communistes du Sarladais. Je n’entrerais pas, à la veille de partir faire la saison dans les canyons ossalois, dans une polémique avec monsieur Inizan. Il n’en mérite pas la peine, l’onanisme est un sport qui se pratique seul et dans lequel il semble se débrouiller comme un chef.

Je tenais seulement à relever qu’oser reprocher au PCF d’aller à la soupe à l’UMP est grotesque, je laisse Annick répondre sur le fond dans le journal de la section. Quand une telle accusation vient du “représentant” d’un parti de gauche n’ayant jamais hésité à s’allier ouvertement à la droite pour faire main basse sur des mairies gérées jusque-là par des communistes comme Bègles ou Montreuil, on franchit allègrement les rivages de l’indigne.

vendredi 30 mai 2008

Changer le PCF?

Pour un moniteur d’escalade, le retour du printemps est toujours synonyme de reprise d’activité aprés la léthargie professionnelle de l’hiver. Ceci explique en partie le silence de ces dernières semaines, occupées notamment à équiper de nouvelles voies dans le Sarladais...

Lors de ma dernière visite sur bellaciao, j’ai eu la surprise de tomber sur une analyse avec laquelle je suis 100% d’accord. Je n’en connais pas l’auteur, mais je n’en changerais pas une virgule. Le terrifiant c’est qu’elle semble “vieille“ de 30 ans. Je la livre donc telle quelle :

"La crise que traverse le PCF depuis la débâcle de l’Union de la gauche en mars 1978 passe pour la plus sérieuse de l’après-guerre.

Certes, ceux qui attendent le renvoi à la production du "Groupe Marchais" ou, à l’issue d’un Congrès dramatique, la proclamation d’un parti communiste dissident, en seront encore une fois pour leurs frais. L’appareil connaît son métier : il sait jouer des ouvriers contre les intellectuels, la province contre Paris, les sectaires contre les ouverts, les "patriotes" contre les œcuméniques.

Moyennant quelques milliers de départ, deux ou trois esclandres et – une fois écrasés les infâmes – un train de mesures démocratiques, la direction reprendra les choses en main, comme aux plus beaux jours.

A une différence près toutefois : les question soulevées par les « contestataires » ne pourront plus être durablement éludées, comme en 1956, 1962,1968… Elles continueront à agiter les esprits, susciter des réponses contradictoires, nourrir des "courants de pensée" de plus en plus cohérents.

Car la crise de l’été 1978 présente quelques spécificités remarquables, qui la différencient des précédentes :

Cette crise affecte un Parti communiste idéologiquement à découvert : l’aggiornamento eurocommmuniste a sapé l’orthodoxie stalinienne. Mais rien de bien consistant n’a été mis à la place. Les Italiens ont déterré et accommodé Gramsci comme stratège d’une voie antistalinienne au socialisme. Les Espagnols leur ont, tardivement mais fermement, emboîté le pas. Malgré les efforts méritoires de quelques uns (J. Texier, Gramsci, Seghers ; Ch. Buci-Glucksmann, Gramsci et l’Etat, Fayard 1974),les Français n’ont jamais pu se faire aux subtilités du théoricien sarde.

Ils tentent laborieusement d’assigner à Maurice Thorez le rôle de père fondateur de « la voie française du socialisme ». Entreprise stérile et sans espoir : l’illustre « fils du peuple » ne s’est-il pas proclamé à bon droit « premier stalinien de France » ? L’inconsistance idéologique du communisme français nourrit le désarroi des militants, leur « crise d’identité » ; elle rend urgente l’élaboration d’une nouvelle cohérence.

D’autant que ce parti est menacé de déclin : la salarisation massive de la population française ne lui a pas profité. Le PS qui lui dispute son électorat, la CFDT, sa suprématie absolue dans les usines, l’extrême gauche le contrôle des nouveaux mouvements sociaux…S’il veut endiguer la lente érosion qui mine sa puissance ,l’appareil communiste doit chercher la voie de l’adaptation aux conditions nouvelles de la vie politique.

Enfin la masse des adhérents actifs appartient à la génération des années 60 réputée « anti autoritaire », non sans quelques raisons. Les « nouveaux communistes » tolèreraient moins aisément que leurs aînés l’étouffement bureaucratique des débats et leur liquidation administrative.

Du vivant de Lénine, la presse communiste et l’édition foisonnaient de débats contradictoires qui mettaient aux prises souvent les dirigeants les plus en vue du parti.

Comme le rappelle Georges Lavau, le PCF regroupe la fine fleur du prolétariat français, des dizaines de milliers de militants d’une exceptionnelle qualité humaine. Ce n’est pas le moindre crime du stalinisme que d’avoir stérilisé ce potentiel humain incomparable transformé tant de jeunes ouvriers révolutionnaires en bureaucrates cyniques et conservateurs.

Ces dizaines de milliers de militants viennent de vivre coup sur coup : la liquidation de la plus puissante grève générale de l’histoire de la France, faute dune « alternative politique de gauche » ; et la liquidation de cette « alternative », patiemment édifiée au long de quinze ans, « pour ne pas servir de marchepied à la social démocratie »…A quoi s’ajoute l’écrasement blindé du Printemps de Prague, l’abandon subreptice de la « dictature du prolétariat », concept jadis réputé « clef de voûte » du marxisme ; le ralliement à la force de frappe et bien d’autres innovations encore, généralement communiquées par la voie des ondes.

A nombre d’entre eux s’applique désormais la boutade de Jorge Semprun : « Ils ont perdu leurs certitudes, s’ils leur restent des illusions… ».

1. L’ELECTORALISME OU COMMENT PERDRE LES ELECTIONS

Si la « cause immédiate » de l’échec – pour reprendre la saine distinction des historiens –est bien la polémique PC-PS, la cause « profonde », celle qui éclaire finalement l’explosion de cette polémique elle-même, réside dans la stratégie de l’Union de la gauche et son caractère étroitement électoraliste.

Les partis socialistes révolutionnaires de la fin du XIXè siècle ont cru ingénument que la conquête du suffrage universel, dans des Etats où la prolétarisation des masses allait bon train, porterait irrésistiblement la classe ouvrière au pouvoir. Depuis, ils ont déchanté… ou se sont résignés à la « gestion loyale » de l’ordre bourgeois.

On sait que dans les centres impérialistes la bourgeoisie domine plutôt « au consensus » qu’à la « coercition » : elle s’efforce d’obtenir l’adhésion des classes dominées aux valeurs, aux finalités, aux options conformes à ses intérêts de classe, plutôt que de contraindre les travailleurs par la force.

Mais la société capitaliste – même avancée – étant déchirée par les antagonismes de classes, la production du consensus est rien moins que spontanée. Elle s’effectue délibérément et systématiquement au moyens d’un ensemble complexe d’appareils d’hégémonie publics u privés, qui vont des grands moyens d’information et de communication de masse à l’Eglise, la famille, la caserne, l’école ; en passant bien sur par l’usine qui comme chacun sait ne produit pas seulement des biens matériels mais de l’idéologie et des rapports sociaux (cf. Robert Linhart, l’Etabli, Ed . de Minuit 1978).

C’est ce travail quotidien de production et de reproduction du consentement que les élections viennent périodiquement entériner. Celles-ci ne sont qu’un instrument de mesure, une photographie de l’opinion à un instant donné. Elles ne produisent pas elles-même cette opinion. Laquelle se forme pour l’essentiel hors de la sphère électorale, dans les pratiques sociales telles qu’elles sont structurées par les rapports sociaux dominants et les institutions qui les cristallisent. C’est ce que confirment tous les travaux de sociologie politique, y compris ceux des sociologues et politologues communistes (cf. Classe sociale, religion et comportement politique, G. Michelat et M. Simon).

Pour que les élections n’enregistrent pas simplement « la domination des dominateurs », le mouvement ouvrier doit intervenir longtemps avant l’échéance électorale, au niveau du procès de formation du consensus lui-même.

Il doit promouvoir une pratique anticapitaliste de lutte qui, précisément , sape l’hégémonie bourgeoise, désagrège l’alliance de classes qui la sous-tend, met en crise les « appareils », les institutions, les pratiques vécues là où elles s’enracinent.

La conquête parlementaire présuppose et sanctionne une ample activité extra-parlementaire. Si cette activité fait défaut, le suffrage universel débouche le plus souvent sur la défaite, dans le meilleur des cas sur une victoire précaire et sans lendemain.

Il y a une pratique révolutionnaire et une pratique intégrée, subalterne, du suffrage universel, martèle l’Internationale communiste dès ses premiers congrès.

La première conçoit la lutte électorale comme un moment –important mais non décisif- de la lutte des classes ; un terrain institutionnel de confrontation, où le mouvement ouvrier engrange des résultats obtenus ailleurs, par un travail de mobilisation, d’organisation, d’éducation, visant à concrétiser dans tous les domaines l’alternative socialiste.

La seconde tend à considérer en pratique la lutte électorale et parlementaire comme la force par excellence de la lutte des classes, son point culminant, le terrain privilégié où elle se déploie et se dénoue, le moment stratégique qui commande tout le reste.

L’électoralisme ce n’est pas le fait de participer aux élections et de s’efforcer de les gagner, comme l’a longtemps cru un certain gauchisme. C’est l’idée que le Pouvoir se conquiert par les élections et que les élections se gagnent dans les campagnes électorales. Pour gagner les élections, dit l’électoraliste, il faut attirer les électeurs hésitants, modérés, indécis : ceux qui votaient jusqu’alors conservateur mais qui pourraient bien cette fois ci sauter le pas. Or, pas plus qu’on n’attire les mouches avec du vinaigre, on ne gagne les modérés par l’agitation. Les luttes ouvrières aliènent au socialisme le vote des cadres et des petits patrons ; les luttes des femmes celui des phallocrates, celles des jeunes, celui des vieux…

C’est ainsi que l’électoraliste se fait piéger par l’adversaire : il renonce à promouvoir sur tous les terrains les mouvements unitaires de masse porteurs d’alternative socialiste par crainte d’effaroucher les électeurs modérés. Sa dénonciation du système reste purement propagandiste, ne s’incarne pas dans des pratiques de lutte et des formes organisées qui la rendraient concrète et convaincante ; le travail des « appareils bourgeois d’hégémonie » s’exerce en conséquence sur des masses passives, atomisées en électeurs, donc à plein rendement.

Pour gagner des élections – objectif en effet majeur - il faut résolument tourner le dos à l’électoralisme. Il faut modifier les rapports de classe là où ces rapports se nouent. En appuyant sans réserve l’auto-organisation des masses pour la défense de leurs intérêts, le mouvement ouvrier stimule au maximum toutes les aspirations au changement et répond simultanément au besoin de sécurité des travailleurs.

Seul il peut empêcher que la victoire électorale soit une victoire sans lendemain, préparant après une phase plus ou moins courte de convulsions et de chaos le retour en force de la réaction. Car la victoire électorale n’est pas la révolution, l’accession au gouvernement n’est pas la conquête du pouvoir. Elles ne sont tout au plus que des moments – nécessaires mais non suffisants – de l’avènement socialiste.

Ce ne sont pas les appareils qui comptent, mais leur fonction, pas la multitude des adhérents mais leur travail politique, moins la variété des organisations que leurs relations avec les mouvements sociaux.

L’attitude du PCF dans la tourmente sociale de Mai – moment de vérité par excellence –révèle le conservatisme frileux de sa direction, son incapacité à mettre en œuvre une « démarche hégémonique » ; ce que Jean Rony appelle pudiquement son « politicisme », ou tendance à privilégier étroitement les aspects institutionnels » de la lutte : incapacité à définir un projet de société traduisant les aspirations les plus avancées de la jeunesse et des travailleurs. Incapacité à poser la classe ouvrière comme classe dirigeante potentielles, prenant en charge les problèmes de toutes les couches populaires et leur donnant une solution intégrée à son projet révolutionnaire d’ensemble.

Attitude crispée, craintive, conservatrice, effet d’un stalinisme persistant qui rend compte plus que toute autre chose de la stagnation du PCF, de la régression de la CGT, face à la renaissance miraculeuse d’un Parti socialiste réduit pourtant à l’ombre de lui-même par vingt-cinq ans de molletisme.

La consigne de François Mitterrand à ses troupes « le maximum de programme commun, le minimum d’actions communes devenant dans les faits le précepte de toute la gauche.

Ce « minimum » ce furent des journées de protestation morcelées, éparpillées, des grèves de vingt-quatre heures et des journées d’action par branches, secteurs, ou régions, notoirement insuffisantes pour faire plier le gouvernement, mais usant à la longue la combativité populaire. Cette érosion se mesure dans le succès décroissant des initiatives. De toute évidence, les travailleurs ont compris le caractère purement protestataire de ces barouds d’honneur. D’où leur attentisme croissant.

Etroitesse électoraliste qui n’est elle même qu’une manifestation de la stratégie consacrée par le XXIIè Congrès.

2. COMMENT UNIR LA GAUCHE ?

La direction du PCF explique les nombreux coups de barre de sa tactique unitaire comme autant de réponses au « turnant »du Parti socialiste. Au Congrès d’Epinay, en 1971, ce parti se serait résolument « tourné à gauche » ; d’où l’attitude fraternelle, indulgente, affectueuses même du PCF à son endroit, culminant dans la campagne présidentielle de 1974. Mais après les « Assises pour le socialisme » et l’entrée en force des amis de Michel Rocard , le PS aurait viré de bord, repris au seuil du pouvoir par ses vieux démons. D’où l’attitude de plus en plu ferme d u »parti de la classe ouvrière » afin d’endiguer la dérive sociale démocrate de son versatile allié….

Cette explication ne tient pas debout : la direction du Parti socialiste n’était pas « plus à gauche » en 1972 qu’en 1976. Elle était plus loin du pouvoir. Il lui fallait l’alliance avec le PCF pour se refaire une virginité et séduire ces millions de nouveaux salariés dont l’industrialisation pompidolienne avait peuplé les villes nouvelles. Le projet de François Mitterrand étai minutieusement exposé, noir sur blanc, dès 1969, dans un pamphlet acerbe « Ma part de vérité ». Se placer sur orbite grâce à la fusée PCF, et tandis qu’elle retomberait vers la terre, gouverner à loisir au centre gauche.

François Mitterrand applique ponctuellement son programme : au Congrès de Nantes, il traite déjà le PCF comme une force d’appoint… N’y a t il pas de parade ? Le PCF est-l condamné soit à l’impuissance, soit au rôle de marche pied de la social-démmocratie ?

La parade existe : elle consiste à jouer des contradictions de l’allié socialiste. L’arroseur peut être arrosé. Mais il faut pour cela tourner le dos à l’électoralisme. Et comprendre à qui on a affaire.

Les analyses du PS que propose le PC attestent à quel point la théorie marxiste s’es t dégradée, dans ce Parti, en idéologie inconsistante. Elle ne vise pas à produire des connaissances mais à justifier les tournants tactiques de la direction. Ce qui frappe donc, dans les analyses du PS produites par le PCF c’est leur caractère unilatéral, non-dialectique : l’incapacité de saisir les contradictions de la formation socialiste et d’élaborer une tactique unitaire jouant sur elle.

Les partis sociaux-démocrates sont pourtant bien les lieux de contradictions spécifiques que les théoriciens marxistes ont mis à jour de longue date.

Ces partis ont été forgés par la clase ouvrière à la fin du XIXè siècle pour assurer la représentation au sein des institutions démocratiques bourgeoisies et, au-delà ,sa présence au niveau politique. Ils assument une fonction de médiation entre les masses salariées et l’Etat bourgeois au profit de ce dernier, dont ils vivent.

Le Parti communiste peut avoir une prise sur la direction social-démocrate, en agissant sur les aspirations, les attitudes, les attentes politiques de sa base sociale. Cette base sociale , même dans le cas du PS, est composée pour l’essentiel de travailleurs salariés. Ses intérêts de classe ne sont pas substantiellement distincts de ceux des travailleurs communistes.

L’appareil social démocrate est alors placé devant une alternative : ou bien s’aligner sur la combativité nouvelle de sa base ; ou bien s’y opposer frontalement, au risque de lourdes pertes d’influence.

Mais pour promouvoir cette tactique, il ne faut pas soi-même sombrer dans l’électoralisme !

En réalité derrière tous ces débats c’est le problème général de la stratégie révolutionnaire en Occident qui se trouve posé : en Europe occidentale, la classe ouvrière affronte un ennemi bien plus puissant que les oligarchies tsaristes ou chinoise.

Cela ne veut pas dire que toute transition au socialisme est impossible en Occident : les pays capitalistes avancés d’Europe occidentale sont le lieu de contradiction spécifiques dont la condensation peut précipiter des crises pré-révolutionnaires parfaitement exploitables par le mouvement ouvrier. Mais cette transition au socialisme doit tenir le plus grand compte des spécificités de la domination bourgeoise en Occident.

Comme l’a souligné Gramsci mais avant lui Karl Radek, Paul Lévy et bien d’autres, la transition au socialisme dans ces pays couronne un long travail de gestation, de préparation politique, où le mouvement ouvrier doit consciemment et systématiquement contribuer à produire les conditions de la conquête révolutionnaire du pouvoir.

3. DEMOCRATISER LE CENTRALISME DEMOCRATIQUE ?

Reste la question de la conception du Parti : son rapport aux masses, son régime intérieur. C’est ici que l’immobilisme est sans doute le plus frappant. Le rapport aux mouvements et aux organisations de masse demeure régi par le modèle de la « courroie de transmission » : le Parti s’assure le contrôle sans partage des organisations de masse – sans omettre évidemment d’attribuer quelques strapontins en vue à des « potiches démocratiques »- et leur insuffle sa « ligne juste ».

Rien de plus étranger à sa démarche que l’idée d’un réel respect de l’autonomie de ces mouvements. Attitude évidemment incompatible avec toute stratégie révolutionnaire. Le Parti doit certes transformer la spontanéité des masses en pratique révolutionnaire consciente ; mais pour cela, il lui faut d’abord reconnaître cette spontanéité et s’éduquer lui-même à son école.

Quant a u régime intérieur du Parti, il est resté pratiquement inchangé depuis Staline. Certes il ne se donne plus le ridicule d’exclure les non-conformistes, et la « liberté de râler » (cf. L’expression est de Molina et Vargas) est totale à la base. Mais l’exercice du pouvoir au sein du Parti reste toujours autocratique. Peu importe que l’autocrate soi une personne morale (le « groupe dirigeant » et non plus une personne physique (le secrétaire général). Peu importe que sa manière soit plutôt libérale. La base militante ne joue toujours aucun rôle réel dans l’élaboration de la ligne et la désignation des dirigeants. Certes, les statuts du Parti stipulent tout le contraire.

Mais il y a le droit et le fait, la théorie et la pratique. Et cette dernière est parfaitement rôdée.

Les « élections » ne sont pas des élections : à tous les niveaux, des « commissions de candidature » choisissent les candidats. Et comme il y a autant de candidats désignés que e postes à pourvoir, l’élection n’est qu’une ratification des choix effectués par la hiérarchie. On n’a pas d’exemple d’un candidat ainsi coopté qui ne soit élu.

En présentant le « centralisme bureaucratique » qui sévit dans le Parti comme un modèle de démocratie prolétarienne, Georges Marchais a ingénument révélé le contenu réel de son idéal démocratique : un pouvoir exercé pour le peuple, par une élite strictement hiérarchisée, et qui sait mieux que les travailleurs où se trouve leur intérêt. Tout cela est bien connu et les « contestataires » communistes du printemps de 1978 s’en sont expliqués mieux que quiconque.

Tous se récrient d’horreur à l’évocation du droit de tendance agité comme un épouvantail par la direction du Parti.

La pratique de la démocratie dans un parti ouvrier de masse n’est pas chose facile, et nul ne peut prétendre en détenir la formule. Le degré de démocratie praticable dans un parti de combat est d’ailleurs fonction du degré de démocratie existant dans la société où il lutte. Il faut donc se garder d’aborder ce problème abstraitement, en métaphysicien ou en moraliste. Il faut l’aborder en politique : étant donné les conditions de lutte en Europe occidentale et la stratégie spécifique de transition au socialisme qui y correspond, de quel type de parti communiste les travailleurs ont-ils besoin ? quel type de militant former ?

Si l’on admet que la fonction politique cardiale d’un parti ouvrier révolutionnaire est de promouvoir l’auto-organisation des masses et de travailler à la radicalisation politique de leurs mouvements, on comprend l’importance politique de la démocratie interne au sein d’un parti véritablement communiste : seul un parti ouvrier réellement démocratique peut former des militants capables d’une « démarche hégémonique ».

Tout se tient : si l’on veut disposer de militants capables de « rapports hégémoniques » -et non plus bureaucratiques – avec les masses, il faut les dégager des rapports bureaucratiques au sein de leur propre parti.

La démocratie ce n’est pas « le droit de râler » dans être exclu, disent à juste titre les oppositionnels communistes. C’est le pouvoir d’influer effectivement sur l’élaboration de la ligne du Parti et le choix de ses dirigeants. La démocratisation du PCF passe par l’instauration de procédures statutaires créant la possibilité effective pour les militants de mettre en minorité la direction, d’en changer la composition, de lui imposer des choix politiques.

Louis Althusser a lumineusement mis en évidence comment ce système dépossède politiquement la base et concentre tout le pouvoir dans les mains du « groupe dirigeant ».

Pour en finir avec le centralisme bureaucratique, il faut que les élections au sein du Parti deviennent de vraies élections.

Pour qu’il y ait une élection véritable, réelle possibilité de choix, il faut que le nombre des candidats ne soit pas limitatif, qu’il puisse excéder largement le nombre des postes à pourvoir ; que l’avis de la Commission des candidatures puisse être discuté, contredit avant le scrutin ; que les candidats non retenus puissent être défendus par les instances qui les présentent ou par eux-mêmes.

Pour en finir avec le centralisme bureaucratique, il faut que les débats soient de vrais débats. Un parti ouvrier de masse se trouve inséré dans des situations complexes, placé devant des choix dramatiques pour lesquels il ne dispose que de données partielles, fragmentaires. Il est normal que ces situations engendrent des appréciations divergentes. Nul ne détient la Vérité au sein du Parti, pas même le secrétaire général. Nul ne connaît a priori la ligne correcte la ligne juste. Celle-ci ne peut être approchée que dans la libre confrontation des points de vue, la lutte des idées. C’est dans et par cette fonction que le Parti s’acquitte de sa fonction d’ »intellectuel collectif ».

La fameuse clause -prétendument antifractionnelle – interdisant les « contacts horizontaux » entre militants porte une restriction draconienne au libre développement du débat.

Mais le militant de base en désaccord ne peut exprimer ses critiques que dans a cellule – où l’appareil dépêche rapidement « du renfort »….S’il cherche à confronter ses thèses avec des militants critiques d’autres cellules, s’il cherche à réunir ceux qui partagent son point de vue pour élaborer collectivement des options alternatives à celles de la direction, il tombe sous le délit « d’activité fractionnelle » et se met hors la loi.

Pour que le débat soit un vrai débat, il faut que saute ce système de cloisonnement vertical par lequel l’appareil asseoit sa dictature sur le Parti.

Mais c’est le droit de tendance que vous nous prêchez-là, protestent à cet instant, chacun sur son registre, contestataires et orthodoxes du PCF ! Arrière Satan ! Vous voulez transformer le Parti communiste en « club de discussion », écarter les dirigeants ouvriers au profit des intellectuels beaux parleurs, substituer à l’unité du Parti les querelles de fractions ! Voyez le Ps, le PSU, le Fen ! Et c’est pour aboutir à ces résultats que nous nous exhortez à renoncer à l’acquis léniniste ?

Ce réquisitoire est en parti fondé. D’où son impact sur les oppositionnels qui ont pourtant tout intérêt à gagner d’un démocratisation réelle du PC.

Il n’est de démocratie que pluraliste, et de pluralisme démocratique qu’organisé.

Les traits négatifs d’un « pluralisme organisé » que soulignent à juste titre les oppositionnels du PCF peuvent être considérablement réduits, sinon éliminés, par un semble de clauses, de pratiques, d’attitudes visant à compenser les inégalités entre militants au sein du Parti, à bloquer toute dynamique fractionnelle. Le droit de tendance ,comme tout droit, doit être réglementé.

Un travail systématique de formation des militants peut réduire les inégalités entre manuels et intellectuels face au débat politique. La participation des militants ouvriers à l’élaboration de la ligne et à la direction du Parti peut être garantie par l’attribution – tacite ou formelle – à ces militants d’une proportion appréciable du temps de parole dans les assemblées et les tribunes de discussion publiées par la presse du Parti, d’un pourcentage de postes de responsabilités dans toutes les instances dirigeantes.

Molina et Vargas ont raison lorsqu’ils soulignent que la démocratisation du PCF ne doit pas se borner à la substitution du libéralisme bourgeois à ce qu’ils appellent « la routine stalinienne ». Mais ils ont tort de condamner, au nom de cette exigence, le « pluralisme organisé ».

Chaque fois que les conditions de lutte le permettent, la démocratie ouvrière doit être en avant, et non en retrait, de la démocratie bourgeoise."

lundi 17 mars 2008

Municipales et cantonales : Réaction à chaud...

Il y a une kyrielle d’enseignements à tirer des élections municipales et cantonales qui viennent de s’achever ce soir, mais mon premier sentiment est la nausée.

Nausée, car au-delà de de la satisfaction que pourrait apporter la défaite dans grand nombre de villes et de cantons des candidats de cette droite que l’on dit décomplexée en train d’accélérer le remodelage libéral de notre société, on observe la poursuite de l’écrasement d’un Parti Communiste, apparemment consentant, par le rouleau compresseur du parti socialiste.

Nausée, car quand le PS et les verts viennent de faire main basse avec la complicité active de l’UMP sur un certain nombre de “bastions“ emblématiques tels qu’Aubervilliers, Montreuil ainsi que sur le conseil général de la Seine-Saint Denis, quand les mauvais reports de voix socialistes empêchent la victoire de listes dirigées par des communistes comme à Corbeil Essonne, alors la satisfaction affichée par Marie-George Buffet sur les plateaux télés n’ayant que la gauche à la bouche ne relève que d’une logique comptable : L’augmentation du nombre global d’élus locaux communistes consécutive à la poussée socialiste va apporter un ballon d’oxygène dans les finances de notre parti.

Les militants et citoyens d’Aubervilliers, de Montreuil, du 93 et d’ailleurs apprécieront de voir la perte de leurs élus communistes et des politiques solidaires et de résistance qu’ils auraient pu animer voir passer en perte et profits par une direction du PCF sans visée politique pour notre peuple.

Il y a fort à parier que des lendemains qui déchantent se préparent si la masse des militants ne reprend pas vite en main la destinée de son parti si cela n’est pas déjà trop tard.

jeudi 6 mars 2008

En meeting commun, Hollande et Buffet appellent à l’esprit de "résistance".

Buffet et Hollande

François Hollande (PS) et Marie-George Buffet (PCF) ont appelé au rassemblement de la gauche dans un esprit de "résistance" face à la droite lors de leur unique meeting commun de la campagne des municipales, mardi soir, à Romilly-sur-Seine (Aube).

C’est le même calice que l’on suce jusqu’à la lie.

Nous sommes un parti communiste sans boussole avec une direction qui suit la même logique depuis des années, engluée dans une pratique politique complètement déconnectée des enjeux de la période et qui assiste impuissante à un délitement du parti dont sa politique est la seule et unique responsable.

En basant toute son action politique sur la sauvegarde de quelques strapontins d’élus, elle fait d’un moyen son seul et unique but, au prix de la disparition de notre électorat et de nos militants. Pour au final constater la disparition du parti et sa fusion dans une force social-démocrate sur le modèle die-linke...

La campagne d’affiche "la bourse ou la vie - Rendons l’argent utile" illustre à sa façon une fois de plus la dérive de notre direction. Avec de tels mots d’ordre qui s’inscrivent dans l’illusion que l’argent serait une ressource comment espérer construire une culture alternative résistant à la pression de l’idéologie dominante de l’argent roi.

Le congrès de la fin 2008 sera décisif, il est de la responsabilité de tous les communistes de lancer le débat dans leurs sections dès aujourd’hui et de commencer à construire ce rassemblement dont on parle depuis si longtemps. Que celui-ci se fasse avec le parti s’il sort renforcé, c’est-à-dire que sera ouvert le chantier de la reconstruction d’un véritable parti communiste, ou avec ses fragments épars si le processus d’atomisation en cours est poussé jusqu’à l’explosion.

Mais quelque soit l’issue pour le parti, sa direction aura des comptes serrés à rendre à ses militants, mais aussi à la mémoire des 5 générations de communistes qui y ont investi leur temps et leur énergie, parfois jusqu’à lui donner leur vie.